Sensibilisation et coopération autour du lac
Le Peipsi Center for Transboundary Cooperation (CTC)est une ONG très impliquée et active dans la gestion du lac, en partenariat avec l'organisme officiel : la commission transfrontalière pour l’eau, crée en 1997.
Le premier rôle du CTC est la promotion de modes de gestion durables dans le bassin versant du lac. Pour ce faire, il opère à trois niveaux : au niveau local, les habitants sont informés et sensibilisés, et une attention particulière est portée à l'éducation. D'autre part, il est au centre de la coopération entre russes et estoniens, à travers la mise en place de plans d'actions communs, les échanges de données des scientifiques, et l'application du programme soutenu par les Nations Unies... Enfin, de nombreux programmes d'échanges existent entre des scientifiques, ou même professionnels du tourisme d'autres pays (Pays Baltes, Finlande, Pays-Bas, Kazakhstan...)
1/ Participation des habitants du bassin versant
La participation des habitants d'un bassin versant à la gestion soutenable de celui-ci est considérée comme essentielle depuis quelques années. En effet, une part de l'impact humain sur la ressource en eau vient de l'usage domestique. D'autre part, les programmes de sensibilisation permettent de responsabiliser chacun, dans sa vie privée tout comme dans sa vie publique et professionnelle.
L'Estonie a beaucoup développé ses infrastructures Internet ces dernières années. Cet outil est donc également utilisé pour la communication avec le public. Des informations variées et des « référendums » sont ainsi disponibles sur le site de la ville de Narva (www.ecommunity.narva.ee, pour ceux qui parlent estonien). www.peipsi.org donne quant à lui de nombreuses informations sur les sources de pollution, l'état du lac...
Les enfants et adolescents sont également impliqués. Ainsi le CTC organise des classes d'été, au bord du lac, où les jeunes participants découvrent l'environnement du lac, son écosystème, et rencontrent les acteurs locaux, pêcheurs ou élus. Ils sont également invités à participer à des concours (dessins...) ayant pour thématique l'eau ou le lac. C'est également pour eux l'occasion de rencontrer leurs voisins russes ou lettons.

Ouverture d'un centre d'informations et d'une exposition permanente sur le lac Peipsi à Kallaste, village situé sur la côte ouest, le 4 Juillet 2005.
Les ONG sont des acteurs importants de la sensibilisation du public (http://ngo.lake-peius.net, base de données des ONG qui travaillent dans la région du lac Peipsi). On citera notamment « Chudskoye Project »
Bien entendu les programmes de sensibilisation de la population sont plus ou moins bien reçus selon les régions. En Russie, l'environnement ne fait pas partie des premières préoccupations de l'opinion publique et il est parfois difficile pour les membres du CTC basé à Saint-Pétersbourg de trouver un public pour les conférences organisées. De plus, le mode de fonctionnement centralisé de la Russie (les décisions majeures sont prises à Moscou) réduit le rôle des collectivités territoriales. Les habitants de la région du lac ne se sentent ainsi pas impliqués dans la gestion économique ou environnementale.
2/ Coopération russo-estonienne
Le bassin versant du lac Peipsi appartient pour 60% à la Russie et pour 34 % à l'Estonie (les 6% restant sont sur le territoire letton). Ces deux pays doivent donc dialoguer et coopérer en vue d'appliquer des programmes d'actions communs. De plus, les scientifiques doivent échanger leurs données, issues de mesures effectuées de part et d'autre du lac, afin de connaître son état général et son fonctionnement.
Avant son indépendance déclarée en 1991, l'Estonie appartenait au bloc soviétique. Les relations diplomatiques après 1991 étaient ainsi difficiles mais se sont améliorées depuis. Avec l'entrée de l'Estonie dans l'Union européenne le 1er mai 2004, le pays applique les lois et normes européennes qui différent de celles du système russe. Il devient ainsi compliqué de travailler conjointement, lorsque les modes opératoires des scientifiques et les normes de qualité diffèrent, lorsqu'il est difficile de se rendre dans le pays voisin pour des raisons de visas ou lorsque les volontés économiques et écologiques ne sont pas les mêmes.
La « Comission du lac Peipsi » (créé en septembre 1997) et le CTC sont les organes de cette coopération. Les élus (aux niveaux nationaux et locaux), ONG, et autres acteurs de chacun des deux pays se rencontrent ainsi pour fixer les quotas de pêche, adopter une position commune sur l'état environnemental du lac et les mesures à prendre, lancer des programmes communs tels que ceux impliquant les enfants russes et estoniens. Au sein du « Conseil du lac Peipsi » sont composés 3 ateliers, définis en fonction des différents domaines d'intervention : éducation et culture, protection de l'environnement, tourisme.

Les membres de la comission du lac Peipsi (photo : CTC)
Les autres acteurs sont, du coté russes, le Ministère des ressources naturelles (le système russe étant très centralisé, c'est à lui que revient toutes les décisions importantes), les agences de l'eau russes, découpées par bassins versant, puis les comités des ressources naturelles au niveau local. Du coté estonien, il s'agit du ministère de l'Environnement et de ses 15 agences départementales.
Les autorités russes et estoniennes ont ratifié le Traité pour la coopération environementale, le 11janvier 1996 ainsi que le Traité pour la coopération en matière de protection et d'usage soutenable des eaux transfrontalières.
3/ Coopération internationale
Dans les domaines de la participation du public comme de la gestion transfrontalière, les colloques internationaux permettent l'échange d'expérience, de techniques... Ils permettent notamment aux différents responsables de se rencontrer et de mettre en place des programmes d'actions et d'échanges. C'est ainsi que le CTC a organisé en 2004 des conférences avec les acteurs de la gestion des rivières Chu et Talas, dont le bassin versant est à cheval sur le Kazakhstan et le Kirghizstan.
Nous avons eu l'occasion d'assister à une journée de rencontres et de conférences entre les scientifiques et gestionnaires de lacs néerlandais et ceux du lac Peipsi. Les différents niveaux d'application des programmes d'action permettent à chacun d'anticiper les éventuelles difficultés et de modifier ses choix en conséquence. C'est également l'occasion pour les scientifiques d'échanger leurs données et d'être tenu au courant des différentes recherches les concernant.
La gestion de l'eau est également une préoccupation de l'Union Européenne et chacun des états membres (l'Estonie a rejoint l'Union le 1er mai 2004) doit appliquer la directive cadre européenne sur l'eau. De nombreux cours d'eau et lacs européens occupent le territoire d'au moins deux pays. Un projet européen auquel participe le CTC étudie ainsi les modes et processus de coopération dans les régions frontalières suivantes : Estonie-Russie, Finlande-Russie, Pologne-Ukraine, Autriche-Hongrie, Hongrie-Ukraine-Roumanie, Moldavie-Roumanie, Albanie-Macédoine-Bulgarie-Grèce.