Paxos recup pluvial



Paxos recup pluvial

La récupération des eaux pluviales


Comme nous l'avons vu dans les pages précédentes, le sol de Paxos est très perméable et conduit rapidement les précipitations jusqu'à la mer. Mais les habitants de l'île ont besoin d'eau. Ils ont donc développé au cours du temps différents systèmes de récupération des eaux pluviales, pour les stocker avant qu'elles n'atteignent la mer.

Les citernes vénitiennes


On a retrouvé sur l'île de nombreuses citernes datant de l'occupation de Paxos par les vénitiens. Ces derniers ont construit des réservoirs alimentés par le ruissellement lors des précipitations.
Pour rendre ce système efficace, ils construisaient de petits canaux pour diriger l'eau vers les citernes, et recouvraient les parois de ces dernières avec de l'argile, ce qui les rendait beaucoup plus imperméables.

Ces citernes étaient souvent constituées d'un trou creusé dans un bloc rocheux, dont le volume était de l'ordre de quelques mètres cubes. L'accès était protégé par des murs et une porte gardée, pour éviter les vols d'eau (voir ci contre). Cet élément montre l'importance que l'eau devait avoir à l'époque et la gestion de cette ressource que les vénitiens avaient du mettre en place.
Certaines citernes, d'un volume plus important que celles creusées dans la roche, ont été édifiées au dessus du sol. La principale a un volume de 1500 m3. Le volume total des citernes datant de cette époque est d'environ 10 000 m3, soit moins de 5% des besoins annuels de l'île aujourd'hui.
L'eau était donc stockée dans ces réservoirs artificiels. Il fallait ensuite aller chercher l'eau, et le trajet, de chez soi à la citerne, pouvait prendre plus d'une heure. Les femmes avaient la charge de cette tâche.
Remarque : c'est le cas un peu partout dans le monde, et surtout en Afrique. Lorsqu'il faut aller chercher l'eau à plusieurs kilomètres, les femmes, et parfois même les fillettes, consacrent plusieurs heures de la journée à cette activité. Parmi les problèmes que cela pose, notons que les fillettes affectées à cette tâche ne peuvent plus fréquenter l'école.
Jusqu'en 1930, la municipalité de Paxos réglementait la distribution d'eau, puisque, en quantité insuffisante, il fallait la répartir entre les habitants.
Certaines citernes vénitiennes sont encore utilisées.

Récupération des eaux pluviales " individuelles "


A partir de 1930, la population de l'île de Paxos a augmenté et le volume des citernes est vite devenu insuffisant. Il a fallu trouver de nouveaux moyens pour récupérer l'eau pluviale avant qu'elle ne s'infiltre.
Ainsi, le type d'habitation s'est adapté à cette nécessité, et les nouvelles maisons ont été construites de manières à pouvoir récupérer l'eau pluviale qui tombe sur les toitures dans des réservoirs. La photo suivante montre une habitation classique, avec un réservoir situé sous la terrasse qui récupère l'eau des gouttières.

Une maison " classique " sur Paxos. Les gouttières dirigent l'eau du toit vers le réservoir situé sous la terrasse. Pour une surface de toit de 100 m2, et des précipitations annuelles de 1100 mm, ce système permet de collecter de l'ordre de 100 m3 d'eau.


Cette eau stockée est utilisée pour l'ensemble des besoins domestiques, sauf pour boire. La douche, les toilettes, ou la vaisselle utilisent directement l'eau pluviale, à laquelle peut être ajoutée du chlore pour la désinfection. En moyenne, l'eau ainsi récupérée couvre 70 % des besoins domestiques.
L'eau pluviale a longtemps été également utilisée pour la boisson. Mais à l'époque, des pesticides étaient répandus par hélicoptère sur l'île pour la culture des oliviers. Ces produits nocifs tombaient sur les toits, et se retrouvaient donc dans les réservoirs individuels après chaque pluie. Les habitants de Paxos se sont rendus compte de la détérioration significative de leur santé et ont réclamé l'arrêt de l'épandage par hélicoptère, qu'ils ont obtenu.
Aujourd'hui, malgré l'arrêt de l'épandage des pesticides depuis plus de 10 ans, les habitants ont toujours des craintes par rapport à la qualité de l'eau pluviale. Ce sont notamment les pluies acides qui les inquiètent. Les données disponibles tendent plutôt à montrer que l'ouest de la Grèce n'est pas inquiétée par ce phénomène, mais la proximité des anciens pays satellites de l'URSS et les conflits qui s'y sont déroulés donnent à penser à la population de Paxos qu'il existe peut être un risque.
Aujourd'hui, l'île importe des bouteilles d'eau du continent pour la consommation des habitants, qui sont plus méfiants vis-à-vis de la qualité des eaux pluviales.

Les lacs artificiels


Le problème d'eau de l'île de Paxos se résout peu à peu. Récapitulons : les vénitiens ont créé des citernes, pour la communauté, au volume réduit, et loin des habitations.
La création de réservoirs individuels récupérant les eaux de toiture a été une nette amélioration, puisque les volumes d'eau sont bien plus importants, et suffisants pour certaines familles.
Mais au coeur des villages, les habitations moins récentes n'ont pas de réservoir individuel, ou un réservoir de taille modeste. De plus,lors des années les plus sèches, même les maisons disposant d'un réservoir individuel manquent d'eau en été.
La municipalité de l'île a donc décidé en 1995 de collecter d'avantage d'eau pour en fournir suffisamment à ses habitants. Elle a reçu pour cela l'aide financière de la Communauté Européenne et du Ministère de l'Agriculture grec.

Une étude a permis de déterminer le meilleur emplacement pour la création de deux lacs artificiels (celui sur la photo est le plus petit des deux), placés dans un thalweg, qui récupèrent l'eau pluviale qui s'écoule superficiellement, et la stockent.
Des canaux ont été construits de manière à améliorer la collecte des précipitations sur les versants. Ils dirigent l'eau jusqu'aux bassins.
Les deux réservoirs ont des volumes respectifs de 130 000 m3 et 70 000 m3. Cependant, les études qui ont permis de les dimensionner ont négligé la perméabilité du sol. Aujourd'hui, les deux lacs ne contiennent jamais plus de 35 000 m3 chacun. La majorité des précipitations s'infiltre en effet et ne rejoint pas le lac artificiel.
A ce problème d'infiltration s'ajoute l'évaporation de l'eau lorsqu'elle séjourne dans les lacs artificiels. De plus, leur fond est recouvert d'une " bâche " mais celle-ci n'est pas tout à fait imperméable et les lacs perdent également de l'eau par infiltration.
Au final, les deux lacs ne sont pas suffisants pour subvenir aux besoins de l'île. Jusqu'en 2004, l'île de Paxos devait donc importer entre 10 000 et 25 000 m3 d'eau par an depuis le continent.
Il a donc fallu trouver une nouvelle solution. Permettant de renforcer la ressource en eau sur Paxos. La municipalité s'est ainsi engagée dans un programme de désalinisation de l'eau de mer.
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