Avenir Aral



Avenir Aral

Perspectives d'avenir



Prédire l'avenir de la mer d'Aral est une tâche difficile d'autant plus que de nombreux facteurs, à la fois climatiques, culturaux mais aussi politiques entrent en ligne de compte. Les plus pessimistes prévoit la fin de la Mer d'Aral d'ici 10 ans, d'autres espère voir le phénomène s'inverser dans un avenir plus ou moins proche.
1/ Les enjeux géopolitiques
La politique russe, puis soviétique, est en grande partie responsable des problèmes liés à l'eau en Asie centrale. Cette région fut gérée comme une entité géographique unique et non en fonction des cinq différentes républiques. De ce fait, il existe une répartition inégale dans la consommation d'eau. Les républiques qui consomment le plus pour leur agriculture (Ouzbékistan et Kazakhstan) ne correspondent pas aux républiques qui détiennent l'eau en Asie centrale (Tadjikistan et Kirghizstan).
L'indépendance aujourd'hui renforce l'idée de territoire. Cette nouvelle gestion de l'espace conduit à des intérêts divergents au niveau de la maîtrise de la ressource en eau tel que le contrôle du débit via la construction de barrage. Les conflits d'intérêts entre les différents Etats sur les réservoirs se multiplient depuis l'indépendance. Les Etats indépendants mènent de nombreux projets de développement sans se soucier des impacts probables sur les Etats riverains. La fin de l'ère soviétique est synonyme pour eux de changement et ne pense pas à la possibilité d'une interdépendance. En effet, la production d'hydroélectricité empêche les cultures d'irrigation dans les pays en aval. Les pays en amont doivent stocker l'eau en hiver mais la relâcher en été. La situation actuelle ne permet à ces États d'accumuler que très peu d'hydroélectricité. Ces États sont dépendants pour leur énergie du charbon kazakh et du gaz ouzbek. L'Ouzbékistan et le Kazakhstan utilisent leurs ressources comme un moyen de pression et les exportations de ces matières sont donc très irrégulières.
Selon la Banque Mondiale, le Kirghizstan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan désirent tous augmenter leur surface irriguée. Chaque Etat justifie sa politique en affirmant que cette expansion est inévitable afin de satisfaire les besoins en nourriture de la population. Le problème majeur vient du fait que ces républiques n'ont pas les moyens financiers nécessaires pour améliorer leur système d'irrigation. En fait, la situation est pire qu'à l'ère de l'Union soviétique (1917-1991), car l'entretien du réseau d'irrigation en général est négligé et les réparations sont faites irrégulièrement.
De plus, l'Afghanistan, qui contribue à 8% du débit de l'Amou Darya, n'a pas été inclu dans le partage de ces eaux, compte tenu de la guerre civile qui se déroulait dans ce pays. Pourtant, l'Afghanistan a un rôle clef dans la région au niveau hydraulique. Ses rivières - la Murgab et la Kotcha - alimentent l'Amou Darya. L'Afghanistan se trouve donc en position de pays en amont. La situation géopolitique faisait jusqu'à récemment de l'Afghanistan un acteur négligeable. Il est néanmoins vrai qu'auparavant ce pays utilisait à des fins agricoles deux affluents de l'Amu Darya, la rivière de Kunduz ou de Kotcha, pour irriguer ses terres. La reconstruction de l'Afghanistan constitue donc une nouvelle source d'instabilité pour la gestion de l'eau en Asie centrale.

2/ Des solutions
a/ Les décisions des états
En février 1992, un accord de coopération est signé entre les cinq Républiques. Cet accord prévoit la mise en place d'une commission inter-étatique sur la coordination de l'eau (ICWC) afin de surveiller et contrôler l'utilisation et la protection des cours d'eau internationaux. Une des tâches importantes de cette commission est de déterminer chaque année l'allocation en eau pour chaque république. Cette commission est aussi chargée de régler les conflits entre les différents Etats par rapport à la gestion de l'eau. A ce sujet, la commission peut faire appel à un médiateur neutre.
Aussi, en 1994 a été adopté le projet Programme des actions concrètes visant l'amélioration de la situation économique, sociale et écologique. En vue d'atteindre ces objectifs, il est envisagé de mettre en place une stratégie générale fondée sur les composantes suivantes :
- la gestion des ressources en eau et en sel - la formation de l'opinion publique - la garantie de sécurité des digues - la surveillance des eaux transfrontalières - la restitution des zones humides - le soutien de la gestion du projet
Lors du sommet d'Almaty, en février 1997, les cinq chefs d'Etat des Républiques centre asiatiques, ainsi que des représentants de l'ONU, de la Banque Mondiale et d'autres organismes internationaux, ont adopté une décision en faveur de l'amélioration des structures d'organisation pour la résolution des problèmes de l'Aral : la Fondation Internationale pour la protection de l'Aral se trouvait dotée d'une composition plus active s'appuyant sur un Comité exécutif mobile. Afin d'entreprendre des mesures urgentes, la Fondation a élaboré un projet global sur la gestion des ressources en eaux en Asie Centrale.
b/ Les mesures concrètes L'espoir de stabiliser ou même d'améliorer la situation dans le bassin de la mer d'Aral est présent. Toutefois cet effort nécessitera concertation et coopération de la part des états de la région. Il ne pourra avoir lieu sans une aide réelle provenant de la communauté internationale. La vraie solution doit s'attaquer aux causes immédiates de la disparition de la mer d'Aral. Une réforme de l'agriculture et une réorientation fondamentale de l'économie en limitant la consommation d'eau pourrait permettre une remonté du niveau de l'eau.
Elle comprendrait, outre les dispositions d'urgences précédemment décrites, plusieurs points. - une formation et une information sur les pratiques d'irrigation, de fertilisation et de lutte phytosanitaire. Ceci afin d'éliminer progressivement les produits chimiques, d'introduire des technologies à faible niveau d'intrants et de réélaborer les systèmes d'exploitation agricoles reposant sur l'intégration optimale culture/élevage (ainsi le système pourra assurer lui-même la fertilité de son sol et le contrôle naturel de ses ravageurs, ainsi que des rendements satisfaisants).Au cours de ces étapes, il faudra assurer l'augmentation de la biodiversité du sol et de sa couverture, l'accroissement de la production de biomasse et de la richesse du sol en matière organique, la réduction des résidus de pesticides, des pertes en nutriments et en composants des eaux, la programmation optimale des cultures et de leurs associations, et l'usage efficace des ressources locales. - une réduction des surfaces cultivées en coton et en riz et une augmentation des rendements. - un abandon de la monoculture de coton. - un développement des cultures fourragères et de l'élevage. - un développement de cultures ne consommant que peu d'eau : des cultures telles que le millet ou le sorgho pourraient être intéressantes aux vues des conditions climatiques de la zone. En effet, le millet perlé est la céréale la plus cultivée dans la savane du nord et la région du Sahel en Afrique. - une reforestation afin de fixer sels, poussières et sables. - un développement des autres secteurs industriels : usine de textile, usine de produits finis, construction et bâtiment.
Le désastre écologique constaté et étudié est théoriquement réversible. L'état originel ne pourra pas être retrouvé, mais un nouvel état d'équilibre de cet écosystème est possible. Cela permettra de stabiliser le niveau de la mer et de sauver la population. Toutefois, les problèmes économiques, mais surtout politiques qui existent entre les cinq nations riveraines sont difficilement surmontables. Une meilleure coordination entre les différentes Républiques est donc nécessaire pour résoudre la problématique de l'eau en Asie centrale. De plus, une plus grande aide financière pour restaurer et réparer ces systèmes d'irrigation est indispensable.




Retour au Sommaire