Article village inde



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L'expérience de Sukhomajri:
de la conservation de l'eau
au développement d'un bassin versant en Inde




Introduction
On a beaucoup félicité le village de Sukhomajri près de la ville de Chandigarh, en Inde, pour ses efforts d'avantgarde dans le développement des microbassins versants. En 1976, Sukhomajri, un petit hameau de 455 habitants situé dans les collines pré-himalayennes de Sivalik, avait un environnement végétal dispersé, une agriculture pauvre et une érosion des sols et un ruissellement très importants. Bien que la pluviométrie moyenne annuelle ait été d'environ 1 137 mm, aucune eau souterraine n'était disponible à une profondeur raisonnable. L'érosion du sol et le ruissellement entraînaient une diminution continue de la superficie agricole. L'agriculture étant particulièrement peu sure, les villageois gardaient des troupeaux pour minimiser les risques. Ils cultivaient environ 50 ha de terre non irriguée et élevaient 411 têtes de bétail. Le pâturage continuel empêchait la régénération des plantes et maintenait les collines avoisinantes dénudées. En 1979, devant faire face à une sécheresse sévère, les villageois construisirent un petit réservoir pour conserver l'eau de la mousson; ils se mirent aussi d'accord pour protéger leur bassin versant afin d'empêcher que leur réservoir ne se remplisse de sédiments. Depuis lors, les villageois ont construit quelques autres réservoirs et ont protégé la forêt dégradée qui s'étend dans la zone de capture de l'eau (Mishra et al., 1980). Les réservoirs ont aidé à presque tripler la production des cultures, et la protection de la zone forestière a contribué à augmenter la disponibilité en herbe et arbres fourragers. Ces améliorations ont entraîné, à leur tour, un accroissement de la production laitière. La prospérité croissante est la cause de changements importants dans l'économie de Sukhomajri.


Impact économique
Les changements économiques et écologiques suivants se produisirent dans le village au fil des ans: * De 1977 à 1986, la production de blé et de maïs augmenta. Au milieu des années 1980, d'importateur de nourriture Sukhomajri est devenu exportateur (Sarin, 1996) * La protection du bassin versant a entraîné l'augmentation de production de fourrage qui est passée de 40 kg/ha en 1976 à 3 tonnes/ha en 1993. L'accroissement de la production fourragère a conduit à une transformation des systèmes de production animale. Le nombre de chèvres chuta tandis que le nombre de buffles augmenta, entraînant une augmentation de la production laitière (même référence). Le village commença à gagner environ 350 000 Rs par la vente de lait. * La protection du bassin versant a aussi entraîné l'accroissement de la production d'une herbe très fibreuse que l'on trouve communément dans la région appelée bhabhar (Eulialopsis binata). Cette herbe est un bon fourrage quand elle est jeune mais est aussi un très bon produit de base pour la production de pâte à papier quand elle arrive à maturité. Les villageois de Sukhomajri utilisent le bhabhar à la fois comme fourrage et pour la pâte à papier. La vente du bhabhar rapporte collectivement au village quelque 100 000 Rs par an (même référence). * La forêt de 400 ha de Sukhomajri possède aujourd'hui plus de 300 000 khair (Acacia catechu), de grande valeur (Dhar 1997). Chaque arbre fournit environ 100 kg de bois vendus à 30 Rs/Kg (70 cents EU). Ainsi, chaque arbre vaut 3000 Rs et la forêt entière vaut 900 millions de Rs soit 21,08 millions de dollars EU. L'exploitation durable de la forêt, coupe d'environ 10 000 arbres par an d'un diamètre de plus de 60 cm, permet un revenu de 3 crore Rs (0,7 million de dollars EU) par an (Mittal 1998). Dans le cas de Sukhomajri, ce sont les changements de politique du département des forêts qui ont stimulé les efforts des villageois pour les amener à protéger leur bassin versant. Auparavant, le département des forêts vendait aux enchères l'herbe du bassin versant dégradé à un homme d'affaire extérieur au village, qui exigeait ensuite des droits de récolte élevés des villageois. Les villageois expliquèrent qu'ils protégeaient le bassin versant et qu'ils devaient en retirer des bénéfices, et non pas l'homme d'affaire. Le département des forêts tomba d'accord pour donner les droits sur l'herbe à l'association du village, aussi longtemps que les villageois leur paieraient une rétribution équivalente au revenu moyen dont le département bénéficiait avant que ceuxci n'entreprennent la protection du bassin. Les villageois paient à leur association villageoise une petite somme pour couper l'herbe du bassin versant. Une partie de celui-ci est utilisée pour payer le département des forêts et une partie est utilisée pour générer des ressources communautaires pour le village.


Une institution au niveau villageois pour gérer les ressources naturelles
Dans tout cet exercice une institution villageoise, spécialement créée pour la protection du basin versant, a joué un rôle crucial. Cette institution a été appelée la Société de gestion des ressources des collines, elle est constituée d'un représentant de chaque ménage du village. Elle sert de forum à tous les ménages pour discuter de leurs problèmes, gérer l'environnement local et maintenir la discipline entre ses membres. La société s'assure qu'aucun ménage ne fait pâturer ses animaux sur le bassin versant; en retour, elle a créé un cadre pour une juste répartition des ressources ainsi générées entre les ménages, principalement, l'eau, le bois et l'herbe.


Futures stratégies opérationnelles dans le cas de l'Inde
En dépit du succès de Sukhomajri et d'autres communautés qui ont mené des expériences semblables à Ralegan Siddhi et à Tarun Bharat Sangh, l'adoption de ces pratiques a été très limitée dans le reste de l'Inde. Les critiques ont souvent prétendues que ces exemples ne pouvaient pas être répliqués car ils étaient le fait d'individus remarquables qui ont persévéré pour apporter un changement. Mais cela n'est pas une description correcte de la réalité: ces exemples sont demeurés dispersés en raison de l'absence dans le pays d'un système de gouvernance capable d'encourager le contrôle local des ressources naturelles. Les exemples actuels existent en dépit du système et non pas grâce à lui. Il faut donc que les individus soient particulièrement persévérants pour être capables de changer les choses au niveau de leur village. Cependant, ce changement sera plus facile, si le gouvernement permet aux communautés locales d'améliorer et de prendre soin de leurs ressources de base. La Mission de développement du bassin versant de Rajiv Gandhi, du Gouvernement de Pradesh Madhya a montré que l'état peut répliquer ces efforts communautaires lorsque la volonté politique est là et que la pression sur la bureaucratie administrative et technique est suffisamment forte. Le mise en place d'un cadre conceptuel qui prenne en considération les ressources privées et communautaires du village, ses divers besoins en biomasse ainsi que les intérêts et besoins des différents groupes socioéconomiques de la communauté villageoise, est le préalable au développement d'un programme de gestion durable des ressources naturelles au niveau du village. Un tel programme met en route toute une série d'opérations écologiques successives, commençant par l'accroissement de la productivité et de la surface des terres arables résultant d'une meilleure conservation de l'eau. Ces premiers résultats entraînent à leur tour l'augmentation de la disponibilité en eau pour l'irrigation, l'accroissement de la production d'herbe et, lentement, l'augmentation de la production de fourrage et de bois de construction à partir des arbres et des forêts. Chacune de ces étapes écologiques successives génère ses propres impacts économiques sur la société villageoise qui se déploie lentement au fil des ans.


Leçons
Cette étude de cas nous enseigne qu'une bonne gestion des ressources naturelles ne peut se faire sans un ensemble de mesures politiques. Ces mesures incluent les changements des cadres institutionnel, légal et financier afin de créer une démocratie participative au niveau communautaire. C'est seulement lorsque cet ensemble de mesures politiques aura été mis en oeuvre que ces microexpériences isolées pourront s'épanouir dans "un million" de villages.


Structures de conservation de l'eau et processus social

Les changements écologiques ont démarré à Sukhomajri avec la collecte de l'eau. La construction de structures de conservation de l'eau est une tâche assez facile. Mais le début d'un processus d'autogestion des communautés villageoises est beaucoup plus difficile. Il n'est possible que si chaque structure de conservation de l'eau est le résultat d'un processus social coopératif. Un processus social fort doit précéder la construction de chaque structure afin de bâtir un "capital social". C'est un domaine où les résultats des agences gouvernementales sont littéralement inexistants et où les règlements gouvernementaux rigides jouent contre le principe même de mobilisation sociale. La mobilisation sociale signifie, d'abord, la prise de conscience et la confiance des personnes qui travaillent à la conservation de l'eau. Il est nécessaire de créer ensuite des institutions villageoises qui décideront où, quand et comment les structures de conservation de l'eau devront être construites, qui les construira, et quelle sera la contribution des villageois aux coûts des constructions. Une fois que la structure est construite, il est essentiel de décider comment les bénéfices - c'est-à-dire l'eau - seront partagés entre les villageois, spécialement durant les premières années lorsque l'eau est rare, et comment son utilisation sera réglementée. Toutes les composantes de la communauté - ceux qui ont de la terre, ceux qui sont sans terre et les groupes de femmes - devront tirer profit de l'exercice. Aussi des efforts devront-ils être faits pour s'assurer que les bénéfices vont à toutes les composantes de la communauté. C'est pour cette raison que les travaux de conservation de l'eau fonctionnent mieux lorsqu'ils ils sont associés au développement d'un bassin versant. La nature même des structures de conservation de l'eau fait que ce sont d'abord ceux qui ont de la terre qui en tirent profit, laissant les personnes sans terre sans aucun bénéfice et donc étrangères à l'exercice. Le développement d'un bassin versant, qui permet d'améliorer à la fois la conservation de l'eau et des sols, et les productions herbacée sur les terres communales, profite ainsi grandement aux ménages sans terre. De plus, le processus prolonge la vie et l'efficacité des structures au bénéfice de ceux qui ont des terres en réduisant le phénomène de sédimentation.

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