Impacts humains sur le lac Peispi



Impacts humains sur le lac Peispi

Impacts humains sur le lac Peipsi



Le lac est influencé par des facteurs anthropiques, c'est-à-dire provoqués par l'homme. Les usages pour la pêche, le tourisme où les rejets dans le lac sont autant de perturbations pour le milieu. Nous nous intéresserons ici à la pollution générée par les trois grands secteurs que sont l'agriculture, l'industrie et les usages domestiques de l'eau. La pêche est traitée séparément, dans la troisième partie consacrée aux usages du lac.
Pour donner un ordre de grandeur, notons que l'utilisation d'eau en Estonie se répartit entre l'agriculture, les usages domestiques et l'industrie à hauteur de 5%, 48% et 47%.
Depuis 1992, un programme de surveillance du lac a été mis en place et des observations régulières sont faites. Les données antérieures (1971-1991) sont souvent difficilement exploitables du fait des doutes qui existent sur les modes opératoires.
vous distinguez ce filet vert au bord de l'eau ? Impossible de se baigner, des algues millimétriques envahissent le lac.


La principale préoccupation concernant le lac est l'eutrophisation, c'est-à-dire la prolifération d'algues et autres végétaux, notamment en été, qui consomment l'oxygène dissout, ce qui implique la diminution de sa concentration. Le développement des algues est conditionné par la concentration en éléments nutritifs, c'est-à-dire l'azote et le phosphore. Le phénomène d'eutrophisation peut provoquer une forte mortalité piscicole.
1/ Pollution agricole
Les cultures pratiquées autour du bassin versant sont diverses : céréales, tomates, concombres, cornichons, oignons. On trouve également de l'élevage bovin.
L'agriculture autour du lac Peipsi ne peut pas être qualifiée d'intensive. De nombreux terrains sont en effet inexploités. De plus, depuis son indépendance en 1991, l'Estonie a réduit significativement les quantités d'engrais et de pesticides autrefois utilisés dans les fermes collectives. En Russie, la crise économique est souvent venue à bout de ce type d'exploitation, et les agriculteurs ne reçoivent plus de subventions pour l'usage d'herbicides. Mais les sols sont souvent encore riches en azote et phosphore du fait des anciennes pratiques, et une petite partie de ces nutriments est drainée vers les cours d'eau à chaque pluie.
Les apports en azote et phosphore dans le lac Peipsi du fait de l'agriculture ont ainsi respectivement diminué de 53 et de 44% au cours des années 90. Malgré ces améliorations, l'agriculture engendre des apports non négligeables d'azote et de phosphore dans le lac : 60% des apports totaux de phosphore et 90% des apports totaux d'azote.
Aujourd'hui, les mesures effectuées permettent d'évaluer la part de pollution en provenance de la Russie et de l'Estonie. Pour l'azote, 70% des apports sont russes, 30% sont estoniens. Pour le phosphore, les chiffres sont de 80% et de 20%. Mais attention, ces chiffres doivent être associés à ceux de la répartition du bassin versant (60% en Russie, 34% en Estonie).
L'azote et le phosphore générés par l'agriculture sont donc une source importante de pollution. Ils participent en effet au phénomène d'eutrophisation. Les cours d'eau qui les transportent ont cependant des capacités de dépollution non négligeables. En effet, au cours de leur voyage dans la rivière, les nutriments sont consommés ou se déposent dans des zones de faibles vitesses. Ainsi plus une source de pollution est éloignée du lac, plus son impact sera réduit. Ceci est vrai pour le phosphore ou l'azote, et pour la pollution bactérienne.
Pour le phosphore, la limite pour la qualité définie comme bonne par la directive européenne sur l'eau est de 34mg/m3. Dans le lac, la moyenne ces dernières années est de 44 mg/m3 (elle fluctue en fait en fonction des zones et peut être supérieure en certains points), ce qui le classe en qualité modérée pour le phosphore.
2/ Pollution industrielle
Les rivières qui alimentent le lac Peipsi sont riches en oxygène. Une des raisons est qu'il n'y pas sur les cours d'eau d'industrie lourde réduisant sa concentration. En effet, après l'indépendance de l'Estonie en 1991, le retrait des industries russes, implantées principalement au nord du bassin versant, tout comme la fermeture du marché russe ont provoqué la fermeture de nombreuses usines, et la réduction des polluants rejetés dans les cours d'eau alimentant le lac.
L'industrie est le principal utilisateur d'eau dans le bassin versant de la rivière Narva. Il s'agit surtout d'eau de refroidissement des centrales proches de la Narva et de la Mer Baltique (donc à l'aval du lac). La qualité de l'eau est très peu détériorée du fait de cet usage. La seule pollution engendrée est une pollution thermique puisque l'eau rejetée dans la Narva vient augmenter la température de la rivière. Ces centrales ont vu leur régime diminuer après 1991.
L'autre grande industrie est l'extraction de pétrole. Celle-ci est particulièrement polluante puisqu'elle draine les zones humides et polluent les eaux superficielles et souterraines. La pollution engendrée est particulièrement toxique (hydrocarbures, phénols...). Certaines exploitations ont fermé après 1991 (la production aurait diminué d'un tiers) mais les sites doivent être réhabilités car ils continuent d'être des sources de pollution.
Les autorités estoniennes estiment ainsi que depuis 1991, la pollution industrielle a diminué malgré une amélioration du niveau de vie et l'augmentation de la production, du fait de l'introduction de technologies plus respectueuses de l'environnement (dans les techniques de production comme dans le mode traitement des effluents industriels).
Enfin, les différentes industries, et notamment les centrales énergétiques situées à proximité du lac rejettent différentes particulespolluantes dans l'atmosphère. Celles-ci se retrouvent dans les précipitations s'abattant sur la bassin versant, et sont également un apport de pollution à ne pas négliger. Pour étudier ce phénomène, il ne faut pas s'arrêter aux limites du bassin versant, les vents pouvant transporter les polluants.
3/ Pollution d'origine domestique
L'usage domestique de l'eau peut également être une source de pollution importante. Le bassin versant du lac Peipsi est faiblement peuplé, ce qui réduit ces impacts. Les deux principales villes, Pskov et Tartu, constituent bien entendu les principaux centres d'usages domestiques de l'eau.
La première de ces deux villes est équipée d'une station d'épuration mais celle-ci ne collecte pas la totalité des eaux usées générées par la métropole. De plus, son fonctionnement et son efficacité sont variables, et Pskov constitue ainsi une source de pollution significative (la rivière Velikaya qui y passe est le vecteur de pollution, les taux de fer, nitrate, manganèse ou cadmium enregistrés en 1999 sont de 10 fois supérieures aux normes de qualité russes). Les eaux usées amènent leur lot de bactéries, d'azote et de phosphore, ce qui aggrave le phénomène d'eutrophisation. Les images satellite et les mesures montrent que les plus faibles taux en oxygène, tout comme les plus fort taux d'azote et de phosphore dans le lac sont enregistrés au sud, à l'aval de Pskov. De plus, la ville n'est située qu'à 25km du lac Peipsi. La rivière Velikaya dans laquelle sont rejetés les effluents de Pskov n'a donc pas le temps de jouer son rôle épurateur.
La ville de Tartu a quant à elle construit une station d'épuration (en 1998) collectant la quasi-totalité des eaux usées générées dans l'agglomération. Celle-ci permet de traiter la pollution microbienne, l'azote et le phosphore. L'impact de la ville sur le lac est donc très largement réduit, et les concentrations en oxygène à l'embouchure de la rivière Emajogi sont semblables à celles enregistrées ailleurs dans le lac.
vidange d'une fosse septique d'une maison isolée près de Kallaste


Les petites villes en bordure du lac telle que Kallaste se sont vues dotées d'une station d'épuration au cours des années 90.
Les petits villages situés au bord des cours d'eau alimentant le lac ou au bord du lac ne traitent pas leurs eaux usées. Ces dernières sont rejetés directement au lac ou sont stockées dans des fosses sceptiques, qui ne sont pas toujours totalement étanches. Ce rejet direct engendre une dégradation de la qualité de l'eau, notamment en été. Les niveaux sont bas et les rivières comme le lac voient en effet leur capacité de dissolution réduite.
4/ Conclusion
Les concentrations en nutriments, notamment azote et phosphore, ont diminué depuis l'indépendance de l'Estonie en 1991. Leurs valeurs restent cependant trop importantes pour ne pas constituer une menace en été lorsque le niveau d'eau est bas.

La prolifération d'algues réduit alors la concentration en oxygène. Comme on l'a dit plus haut, ce phénomène provoque la mort des espèces de poissons les plus fragiles. De plus, d'un point de vue économique, la prolifération des algues ou la présence d'une large ceinture de roseau ne donne pas trop envie de se baigner, et est donc un obstacle au développement touristique. Sans parler du fait que des plages jonchées de poissons morts ne sont pas des plus attractives.
D'un point de vue écologique comme d'un point de vue touristique, l'eutrophisation est donc un problème. C'est pourquoi les scientifiques surveillent de prêt les concentrations en azote et phosphore. Des mesures peuvent être prises (construction de stations d'épuration par exemple) mais les apports provenant des sols pollués, notamment avant 1991, sont plus difficilement évitables.
La qualité sanitaire de l'eau et des plages est également un enjeu important. Elle concerne notamment la présence de microbes dangereux pour la santé. Les taux enregistrés sont souvent supérieurs aux normes et des actions doivent donc également être menés dans ce domaine.
Concernant la présence de métaux lourds (mercure, zinc...), qui se retrouvent dans les poissons et affectent la santé de l'homme, les niveaux enregistrés ne dépassent pas les normes autorisées.
Globalement, le lac Peipsi bénéficie d'une occupation du sol de son bassin versant peu polluante. Il reste cependant sujet à l'eutrophisation, du fait des apports actuels comme de la pollution du sol due à un usage industriel et agricole intensif avant 1991. Cette menace est d'ordre écologique et d'ordre économique. C'est pourquoi autorités russes et estoniennes ont décidé de coopérer, dans un objectif de gestion soutenable du lac.

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