Le Rio Tietê
Dimanche 24 septembre 2006, 10h du matin, pont des Bandeiras, au-dessus du Rio Tietê.
L'odeur à laquelle nous avons fini par nous habituer en longeant le cours d'eau en camion est à l'air libre encore plus désagréable, et ce n'est pas sans une certaine émotion que nous voyons arriver au loin des kayakistes remontant vers nous, pagayant sur ce large bras d'eau noir et nauséabond.
Marins d'eau pas trop douce!Cesinha, responsable de la partie "Sensibilisation et participation de la communauté civile" au projet Tietê s'égosille derrière son micro pour rassembler les gens autour du combat qu'il mène depuis plus de 10 ans.
Vieux de plusieurs millions d'années, le Rio Tietê a cette particularité de naître à moins de 100km de la mer en ne se jetant finalement que dans le Rio Parana après une course de 1100km.
Nahuatl au parc de la source du TietêCe parcours qui l'amène de sa source, Salesopolis dans l'état de São Paulo, au Mato Grosso do Sul, lui impose la traversée de plusieurs zones urbaines très développées. Ainsi, le fleuve, déjà souillé dès le début de sa course, à Mogi das Cruzes, atteint des niveaux de pollution catastrophiques à la sortie de la mégalopole de São Paulo.
En 1992, suite çà un appel lancé sur une radio indépendante, une mobilisation nationale a mis le gouvernement face au mur, l'obligeant à trouver des financements, notamment à la BID (Banque Interaméricaine de Développement), pour mettre un terme au problème, et surtout, améliorer la vie des riverains paulistas.
Un des affluents du Rio, passant à travers la favellaComme l'ont montré les expériences françaises ou anglaises lors de la décontamination de la Seine ou de la Tamise, opérations d'une durée globale de presque un siècle, le défi que la SABESP se voit aujourd'hui lancé est une entreprise d'envergure. Depuis le lancement du projet, les 1200 industries, responsables de près de 90% de la charge polluante du fleuve, ont adhéré au projet et ont installé des systèmes de traitement internes, réduisant considérablement leur impact sur l'environnement. L'émission de la charge polluante est certes un problème à régler, mais la cause principale de l'état du rio Tietê demeure sans doute la quantité démentielle d'eau usée qu'on lui renvoie: 60 000 litres par seconde arrivent au cours d'eau par les canalisations, et seulement 30% de ces effluents peuvent être traités!

Le projet, qui aura coûté 1,1 milliard de dollars dans sa première phase, a permis à la ville de se doter de trois nouvelles stations d'épuration et d'agrandir celle qui fonctionnait déjà. Des connexions ont été effectuées avec des quartiers jusqu'alors oubliés, reliant ainsi par plus de 1400km de canalisations 1,5 million de personnes au système d'égouts. Même avec ces améliorations, la part des eaux récupérées qui sont traitées ne dépasse pas 60%, et le rio Tietê continue de se dégrader.
La deuxième étape, actuellement en cours, s'est fixée pour objectif de relier encore plus de monde au réseau et d'améliorer l'efficacité des stations de traitement. Ainsi, au final, le projet aura permis de passer de 60% d'eaux usées collectées, dont 20% traitées, à 90% d'eaux récupérées dont 80% traitées! Mais ceci prend en compte une sensibilisation de la population, et une diminution de la consommation, sans quoi rien de tout cela ne serait réaliste! Cesinha continue d'agiter son drapeau "Tietê, nous luttons pour toi!" en appelant les enfants présents à faire de même. Depuis le début du projet, la partie de sensibilisation a eu un rôle très important, de médiateur, d'informateur, d'enquêteur.
Et comme au brésil, les messages passent mieux en mode fête, ce fut quand même l'occasion de se déguiser et de danser!Le noyau créé par l'ONG Rede das Aguas se charge depuis 95 d'aller à la rencontre des gens, par le biais des associations de quartiers ou d'écoles publiques, pour expliquer l'enjeu du combat à mener, le rôle important de chacun dans la résolution de ce problème. Cesinha anime le projet parallèle: "Observant le Tietê", et collecte ainsi à plus de 200 points de contrôle des données renseignant sur la qualité de l'eau: les enfants vont, une fois par semaine, avec leur kit d'échantillonnage, sur les berges de la rivière et envoient régulièrement les résultats au centre de traitement. "Un bon moyen pour chacun de réaliser le danger et l'état de notre Tietê, c'est de remplir une éprouvette d'eau prise sur place et de regarder. Les enfants, dégoûtés depuis toujours par l'odeur, sont maintenant horrifiés par la composition du Rio.! Nous organisons des évènements très fréquemment pour éclairer les gens au sujet du Projet Tietê, pour leur expliquer que leur participation est essentielle, que la seule issue, quelles que soient les décisions politiques ou les améliorations techniques, passera nécessairement par la réduction de consommation de chacun, il n'en sera pas possible autrement, et il faut bien que des gens le crient haut et fort, dans cette société où tous croient que tout est à disposition à volonté: l'eau, l'électricité, l'essence..." nous explique Cesinha.
En espérant qu'un jour on pourra vraiment faire du bateau au milieu de São Paulo!Même si beaucoup de brésiliens ne croient pas à l'amélioration de la situation, le processus est bel et bien lancé, et il n'attend que la participation de chacun en son rôle d'économiseur d'eau pour montrer des progrès sensibles.
La Journée du Tietê fut une belle fête, des marionnettes de kayakistes ont pris la relève des vrais sur le fleuve, pour perpétuer le message, les enfants du noyau Tietê continuent de noter de petits mieux dans la qualité de l'eau, la SABESP poursuit son interminable travail dans la jungle urbaine, et vous, vous commencez quand?
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