L'eau chez Selçuk, à Istanbul

Selçuk a un tuyau d'arrosage dans son appartement. Quand il pleut, comme il habite sur la terrasse d'un immeuble, qu'il est en train d'aménager, de l'eau ruisselle le long des murs ou coule même au milieu de la cuisine. A Istanbul, beaucoup de logements ont l'eau courante, chaude et froide, mais il reste de nombreuses personnes qui vivent comme Selçuk, en se débrouillant avec les moyens du bord pour avoir de l'eau. Après une petite découverte d'Istanbul, nous vous parlerons plus en détails de la façon dont Selçuk vit l'eau au quotidien.

A cheval sur le détroit du Bosphore, Istanbul est la porte entre l'Asie et l'Europe. Son histoire, sous le nom de Byzance puis de Constantinople, capitale de l'Empire romain, remonte à l'Antiquité. Elle s'illustra ensuite comme capitale de l'Empire Ottoman. Si l'ancienne Istanbul est une destination touristique merveilleuse, la ville moderne est une mégalopole anarchique et surpeuplée. Entre 12 et 16 millions d'habitants vivent dans la cité, qui présente des contrastes saisissants : les différences architecturales entre le centre historique de la ville, divisé entre les côtés asiatique et européen, et les inégalités sociales caractérisées par des orphelins sans abri qui mendient auprès de riches turcs en voitures de luxe... D'un point de vue historique, la région d'Istanbul a été le théâtre de nombreux événements importants que vous serez certainement amenés à étudier avec vos professeurs d'histoire. Pour ne citer qu'eux, la Guerre de Troie, l'installation de Byzas sur la rive européenne après consultation de l'Oracle de Delphes, la transformation de Byzantion en Constantinople, 'Nouvelle Rome', par l'empereur romain Constantin. L'empire byzantin dura jusqu'à 1453, date de sa conquête par les Turcs ottomans. Les nombreuses reconstructions successives de la ville réservent des surprises fréquentes aux archéologues, qui mettent souvent au jour des rues, des mosaïques, des tunnels, des systèmes d'adduction d'eau et d'égouts, des maisons et des édifices publics enfoui sous le centre ville moderne.
Chez Selçuk

Nous avons rencontré Selçuk par l'intermédiaire d'un français, Thibault, rencontré sur un forum de voyageurs. Ayant lui-même été accueilli par Selçuk lors de son passage à Istanbul, il nous a donné son adresse en nous conseillant de lui rendre visite, et en nous assurant qu'il serait ravi de nous aider pendant notre séjour. Nous sommes donc arrivés tous les trois dans cet appartement, qu'habite Selçuk depuis 16 ans, au dessus de l'appartement de ses parents, dans un immeuble qui appartient à leur famille. Selçuk a décidé d'aménager à sa guise la terrasse de cet immeuble, et d'en faire son appartement. Beaucoup de gens habitent sur des toits aménagés dans Istanbul et dans ces grandes villes des pays voisins (Syrie, Jordanie, Egypte, ...). La température en hiver à Istanbul dépasse rarement 10°C, et Selçuk a la chance d'avoir pu aménager sur sa terrasse deux pièces fermées, dans lesquelles il peut dormir ou regarder la télé.
L'eau chez Selçuk. Nous sommes arrivés un jour de pluie. Tout le sol était trempé, de l'eau coulait du plafond, fait d'un toit en tôle ondulée aux raccords incertains. Cela ne dérange plus Selçuk, qui garde juste comme consigne de retirer ses chaussures lorsqu'il rentre dans les parties 'couvertes'.

Selçuk n'a qu'une arrivée d'eau chez lui : un robinet auquel est relié un tuyau d'arrosage. Il le cale au dessus de l'évier de la cuisine, qui est aussi celui de la salle de bains où Selçuk se rase ou se brosse les dents. Pour prendre sa douche, Selçuk utilise une bassine d'eau, qu'il remplit avec le tuyau d'arrosage et qu'il laisse chauffer au soleil, juste devant le cabinet de douche/toilette. Parfois, il utilise aussi directement le tuyau d'arrosage, qui ne lui délivre bien entendu que de l'eau froide.

Pour les toilettes, Selçuk a un gros réservoir d'eau qu'il remplit toutes les semaines avec ce fameux tuyau, et tirer la chasse chez Selçuk, c'est en fait remplir la cruche dans le réservoir et la verser énergiquement dans la cuvette des WC.

Nous avons remarqué le même système dans plusieurs toilettes publiques d'Istanbul, ou chaque pissotière dispose de sa cruche à remplir. D'ailleurs, à ce propos, nous nous attendions à plus de toilettes à la turque, alors que dans toutes ces toilettes publiques (payantes systématiquement), tous les types de toilettes connus en France sont représentés...

L'évacuation des eaux, chez Selçuk, se fait par un trou dans le sol situé dans la salle de douche/toilettes. De l'évier de la cuisine part un tuyau en plastique qui achemine l'eau sale directement jusqu'à ce trou. De ce trou, les eaux sales rejoignent le conduit d'évacuation des toilettes. Ainsi, que ce soit de l'eau de pluie, de l'eau sale venant de l'évier, de la 'douche',ou des toilettes, tout repart par le même tuyau d'évacuation sans distinction.
L'eau ici est payante, mais Selçuk partage la facture avec sa famille, étant donné que l'eau qu'il utilise est prélevée sur le compteur de l'appartement en dessous.
Selçuk ne se plaint pas de sa condition, il se débrouille bien avec ce système, n'a pas peur des douches froides en été (en hiver il va chez sa mère pour profiter de l'eau chaude...), mais compte quand même faire des travaux pour améliorer son approvisionnement en eau.
